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Bilan lecture - Juin 2023

Après deux mois de lectures soigneusement choisies pour le défi que je m'étais lancée, et avant la nouvelle édition dudit défi en juillet, j'ai laissé mon humeur me guider dans mes lectures de juin. Un déplacement comprenant trois trajets en train m'a permis de relire un pavé dont je gardais un chouette souvenir, quelques jours chez une amie, dont la bibliothèque est merveilleusement fournie, se sont transformés en marathon lecture, et des livres numériques en avant-première ont contribué à bien remplir mon bilan, avec en prime la satisfaction d'avoir lu d'excellents livres.


A Darker Shade of Magic, V.E. Schwab · 2015


Kell est un voleur par choix. Lila est une voleuse par nécessité. Le premier peut voyager entre les différentes Londres, en retournant son manteau à multiples faces pour se faire oublier ou remarquer. La seconde est coincée dans son Londres gris, à la recherche d’une chose : une échappatoire. Evidemment, ces deux-là sont faits pour se rencontrer. Mais ce qui se passe quand leur rencontre a lieu pourrait bien changer leur destin.


Ce livre est objectivement excellent. J’adore le style de V.E. Schwab. Elle sait tourner les phrases avec autant de dextérité que Leigh Bardugo et les deux sont aussi maîtresses dans l’art de composer un récit qui vous saisit tout en saupoudrant beaucoup d’indices que vous saisirez ou pas.


Dans A Darker Shade of Magic, peu importe qui est bon ou mauvais. Tout est affaire de perspective, et les vrai.e.s méchant.e.s (parce que oui, il y a quelques personnes très très vilaines) ne sont pas les antagonistes. C’est ce que l’autrice soulignait dans une de ses vidéos pour la lecture commune qu’elle organise cet été, et je savoure cette distinction. J’adore le fait que les expressions “méchant” ou “sauver le monde” ne soient pas pertinentes dans ce livre. Toute l’attention est dirigée vers les motivations et les relations des personnages, ce qui rend l’expérience de lecture bien plus savoureuse à mon avis.


Je suis si triste de ne pas avoir ressenti l’étincelle pendant ma lecture, parce que je ne lui trouve pas de défaut. Peut-être que c’est juste une affaire de moment, et que j’avais plus envie d’un autre genre de livre, avec moins de magie. Mais cela ne retire rien à ce roman que je recommande chaudement!


Rep : l’atmosphère est très queer sans que les personnages ne soient identifiés.


CW : tentative d’agression sexuelle, violence, sang (beaucoup de sang).


Le livre est posé sur plusieurs cartes qui se chevauchent.

Sirène à la source, Gauthier Guillemin · 2022


Dans une forêt bourguignonne coule une rivière qui alimente un lavoir. Sa source est gardée par un muret sur lequel une sirène sculptée fixe de ses yeux vides la famille de Seine, qui a grandi là avec ses sœurs et ses parents avant de s’y réfugier, adulte, pour écrire. Sous le regard de la créature, passé et présent se mêlent, et les contours mêmes du réel se brouillent.


Sirène à la Source fait partie la collection "Chronopages" des éditions 1115 : des nouvelles qui se lisent en moins d’une heure et permettent de voyager à moindres frais, en plus de découvrir un.e auteurice! Celui-ci m’a été conseillé pour le lien entre terroir et folklore et je n’ai pas été déçue. Dans la forêt bourguignonne, les descriptions sont évocatrices mais laissent planer un degré d’incertitude. Seine est-elle une narratrice fiable? Sa méfiance envers la sirène qu’elle aperçoit par la fenêtre est-elle justifiée? Ce texte très court ne laisse pas sur sa faim bien qu’il soit de l’ordre de l’évocation plus que de l’affirmation. J’ai pris plaisir à le lire une fois, puis une deuxième fois, pour en saisir la subtilité.


Une main blanche tient un exemplaire du livret devant un buisson sombre.

Du thé pour les fantômes, Chris Vuklisevic · 2023


Les sœurs Félicité et Agonie n’ont qu’un pied dans le réel. La première a appris l’art du thé : un thé pour réveiller les souvenirs, un thé pour oublier, un thé pour attirer les fantômes,… Les vivants et les morts se pressent dans son salon niçois. Agonie, elle, a un pouvoir digne de son nom. Elle en est marquée depuis sa naissance, quand sa mère a décidé de ne pas l’aimer. Les deux sœurs n’ont pas grandies ennemies. Pourtant, elles se sont éloignées voilà trente ans. Seule la mort soudaine de leur mère peut les rapprocher. Comme une théière réparée par l’art minutieux du kintsugi, pourront-elles recoller les morceaux, sans oublier les blessures mais en réécrivant leurs conséquences?


J’attendais avec intérêt le deuxième roman de Chris Vuklisevic après avoir été enthousiasmée par Derniers jours d’un monde oublié. Mon petit cœur n’a pas résisté à cette couverture, mais j’ai senti que le texte cachait également bien des secrets. Nulle quête héroïque ici, nul démon à affronter si ce n’est ceux que l’on porte sous la peau - voire sous la langue pour Agonie. C’est une histoire que l’on sent très personnelle, ancrée dans la ville de Nice et son arrière-pays, où les habitants sont parfois aussi intransigeants que le soleil écrasant.


“Une sorcière, ils la chassent ; pas de sorcière, ils s’en fabriquent une.”


Du thé pour les fantômes est un récit infusé de folklore qui parle avant tout de famille et de secrets : de ceux qui blessent, qui réparent ou qui envoient les gens sur les routes à la recherche d’une réponse ou d’un peu de répit. Parfois, les émotions éclatent et le texte se brise pour laisser des fragments poétiques exprimer les tourments des personnages. Les collines arides renvoient leurs voix et absorbent leurs émotions comme elles absorberaient la pluie.


Voilà un roman assez loin des poncifs de la SFFF, qui enchâsse les récits et les lie par une prose à la fois souple et chantante. Une belle découverte!


AC: relation familiale toxique, mort d’un parent, négligence d’enfant, mort d’un enfant.


Le livre est posé sur une table en bois près d’une tasse en poterie et de quelques feuillages.

A Poetry Handbook, Mary Oliver · 1994


Cet essai court et enlevé vous donnera les bases pour écrire et lire la poésie. Il ne s’attarde pas sur d’obscures considérations théoriques mais expose plutôt, avec clarté, les tenants et les aboutissants de la poésie à travers des chapitres consacrés au son, à la versification, à la voix et à l’imagerie. Dans ces pages, Mary Oliver adopte la même voix amicale que dans Upstream, et fait preuve de la même attention au détail qu’elle applique à montrer les effets de style dans une variété d’extraits tirés principalement de poètes américains. Son ouvrage est une bonne introduction à l’art du vers, que vous souhaitiez en écrire ou en lire.


Le livre, posé sur une surface de bois sombre, est ouvert à la page de titre. Un brin de rose séchée repose sur la page.


Le Renard, Pauline Harmange · 2023


Au gré d'une balade dominicale en famille, une jeune fille, ou une jeune femme, la frontière est floue à cet âge-là, se détache du petit groupe pour emprunter le chemin qui traverse la forêt, au lieu de la longer comme le veut l'habitude. Sa pérégrination l'emmène plus profondément dans les bois, au rythme des souvenirs qui affluent et dessinent la carte de son être. La rencontre avec un renard qui semble tout droit sorti d'un conte de fées est-elle alors le fruit du hasard ou de l'imagination de la narratrice nourrie de lectures ?


Ce très court roman m'a charmée par sa prose. Nul mot recherché ici, mais des phrases agencées avec malice, qui ne prennent pas toujours la direction que j'attendais, et qui ont capté mon attention, peut-être plus encore que le récit pourtant très sensible de la traversée par la protagoniste des eaux troubles de l'adolescence. Pauline Harmange mêle le présent, le passé, le folklore et la pop culture pour explorer les ramifications de cette rencontre à travers les yeux d’un personnage dans lequel je me suis reconnue sans difficulté.


AC : trouble de l'alimentation, cruauté envers un animal.


Le livre est posé à plat à l’avant d’une étagère de bibliothèque noire. Sur sa couverture rouge est dessiné un renard.

Vénère : être une femme en colère dans un monde d’hommes, Taous Merakchi · 2022


Voici un livre comme un cri du cœur qui explore, explique, promeut et tout simplement porte la colère de son autrice. Sa colère, comme le précise le sous-titre, d'être une femme dans un monde d'hommes. Taous Merakchi ne fait pas de généralités ici, elle rappelle dès les premières pages que, malgré les titres sans fin sur les étagères des librairies et des bibliothèques, "la" femme n'existe pas. Elle n'a de vérité que dans sa pluralité et de la même manière, il existe mille façons d'être en colère quand on appartient à ce genre (cis ou trans, bien entendu). L'essentiel de cet essai parle de sexisme, de violences sexistes et sexuelles, mais Taous Merakchi ne fait pas l'impasse sur l'intersectionnalité et aborde aussi la manière dont le sexisme trouve un terrain d'entente notamment avec le racisme.


Elle célèbre dans cet essai la colère furibarde trop souvent interdite aux femmes parce qu'il faut faire attention, projeter une image de beauté et de douceur même quand le monde fait l'effet d'une vaste agression continue. Alors merci Taous Merakchi de parler sans détour, de hurler cette rage qui ne peut que nous habiter quand on est victime ou témoin du sexisme qui gangrène la société.


AC : sexisme sous toutes ses formes, des plus discrètes aux plus violentes, racisme, cancer. Mention de TCA.


Une main blanche tient un exemplaire du livre devant un mur blanc, à côté d’une fenêtre.


Daemon Voices, Philip Pullman · 2017


Ce livre, que je voulais lire depuis sa sortie, est un recueil de conférences et d’articles par Pullman sur l’art de raconter les histoires. Il y a 32 textes, et bien que certains s’appuient sur des idées similaires, ils proposent quand même des approches variées. Dans certains chapitres, Pullman parle de la manière dont fonctionne sa créativité. D’autres concernent des artistes qu’il admire, certains très connus comme William Blake, d’autres moins. Il y a des sections sur la religion, du point de vue d’un auteur très anticlérical, mais aussi une sur l’illustration qui, bien sûr, m’intéressait particulièrement, et de manière générale, toutes sortes de réflexions intéressantes. Heureusement, il y a un index thématique très utile au début du livre, pour vous aider à choisir quel chapitre vous voulez lire en priorité.


Ce livre n’est pas un manuel d’écriture, mais au fil des pages il aborde plusieurs points de vue différents sur l’art de raconter des histoires, pas seulement celui de Pullman, ce qui le rend assez précieux. Je n’avais pas beaucoup de temps pour le lire donc j’ai survolé certaines parties, et il faudrait que j’y revienne avec plus de temps pour vraiment absorber les idées de Pullman. Cela étant dit, il y a tant de livres sur l’écriture que je veux découvrir que j’en choisirai sûrement un autre.


Une main blanche tient le livre devant des étagères noires. La couverture rouge montre un oiseau noir et blanc qui tient dans son bec une bannière où le titre est écrit.

Le Nom du Vent, Patrick Rothfuss · 2007


Ce livre est spécial, mais pas seulement pour de bonnes raisons. Je l’ai lu pour la première fois en 2016 et j’ai été ravie d’y trouver une prose qui, à mon avis, arrivait à la cheville de Robin Hobb. Ce qui est beaucoup dire, dans mon cas. Les personnages sont loin d’être aussi attachants, mais l’atmosphère est fabuleuse et pallie la froideur que je ressens face aux protagonistes. Il y a beaucoup de mystère et, selon moi, le plus beau prologue que j’ai jamais lu. En moins d’une page.


Voilà pour la hype. Maintenant, la mauvaise nouvelle.


Le Nom du Vent est le premier tome d’une trilogie qui, pour le moment, compte deux tomes. Il est sorti en 2007 et le deuxième en 2011. On pourrait penser qu’à ce rythme, le troisième est sur le point de sortir? Eh bien, pour toutes sortes de raisons, il semble que non. Alors j’ai quand même acheté le tome 2 il y a des années, mais je ne l’ai pas encore lu, en cas de cliffhanger.


Sautons quelques années. Me voilà à relire le tome 1. On y rencontre Kote, un paisible aubergiste dans un petit village supposé paisible. Un scribe débarque un jour et reconnaît non pas Kote mais Kvothe, une figure de légende. Le stratagème s’effondre, et Kvothe accepte de raconter son histoire à Chroniqueur, au cours de trois journées. Le Nom du Vent est la première de ces journées (au fait, le livre audio fait 28 heures alors, je sais pas, est-ce que les journées sont plus longues dans cet univers que dans le nôtre? Il n’en est jamais question).


Patrick Rothfuss tisse un récit captivant, celui de son protagoniste depuis son plus jeune âge, comme dans L’Assassin Royal. J’aime particulièrement le thème de la musique qui court à travers le livre, et le cadre de l’Université. Je suis presque prête à pardonner l’absence flagrante de femmes autre que des objets dans cette histoire, et c’est beaucoup dire parce que cela m’a quand même fait grincer des dents. Mais Rothfuss est doué avec les mots, et il a écrit l’un de mes livres préférés, qui se passe dans le même univers : La Musique du Silence. Alors je crois, maintenant que j’ai relu le tome 1, que je suis prête pour le tome 2.


AC : violence, mort de parents, drogue.


Le livre est posé sur une table en bois. Une branche d’eucalyptus le recouvre partiellement et un tissu à motifs aux tons chauds occupe l’arrière-plan.


Dark Woods, Deep Water, Jelena Dunato · à paraître le 19 septembre 2023


Un soldat vieillissant dévoué à son seigneur, une jeune dame sur le point de perdre ses illusions, et une autre jeune femme qui n’a jamais eu beaucoup d’illusions à perdre, trouvent un chemin menant dans la forêt vers un château dont les habitants ne voudront peut-être pas les laisser partir, dans ce conte fantastique et gothique inspiré d’un Moyen-Âge d’Europe de l’Est.


Ce livre m’a remplie de confusion, mais je ne pense pas que ce soit la faute de l’autrice. L’histoire est divisée en trois différentes perspectives, et on a très peu de temps pour trouver ses marques dans l’histoire avant que les personnages ne se trouvent déjà dans des situations tendues. Bien que ce genre de début ne trouble pas le lectorat familier des romans de fantasy et de science-fiction où l’accent est mis sur le scénario, cela m’a un petit peu compliqué la tâche, étant plus habituée à des histoires focalisées sur les personnages, qui prennent leur temps pour établir les enjeux et le monde.


Cela étant dit, j’ai vraiment aimé les aperçus de folklore parsemés dans l’histoire. J’en aurais même aimé un peu plus, mais j’ai apprécié que l’autrice enracine son récit dans un monde certes fictionnel, mais assez réaliste. D’un réalisme sombre, je préfère préciser, en particulier en termes de violences sexuelles (voir les avertissements).


Le résumé met, je trouve, sur une piste qui n’est pas tout à fait fausse mais qui a participé à ma confusion, car ce qui y est raconté ne se passe qu’après le premier tiers du roman. J’ai aussi eu du mal à suivre la chronologie des évènements, mais en revanche j’ai beaucoup aimé la manière dont certains personnages avaient une expérience différente du passage du temps. La façon dont certains sont vus à travers les yeux des autres était très bien gérée, j’ai trouvé. Ce roman a vraiment une structure solide, avec les différents brins de la tresse qui s’entremêlent sous nos yeux, un procédé que j’aime beaucoup.


Dans l’ensemble, je reste assez désorientée, et j’aurais du mal à raconter l’enchaînement des péripéties en détail, mais je recommande ce livre aux fans de G.R.R. Martin qui cherchent une touche de folklore et d’atmosphère gothique.


AC : viol, sexisme, violence (combats à l’épée), mention de grossophobie.


Une liseuse affichant la couverture du livre est posée sur une surface de bois sombre entouré de pivoines blanches en fleur et en bouton.

Les Cendres du Serpent-Monde, Marine Sivan · 2021


Erik était arrivé sur l’île de Cahor avec autant d’espoir que les autres colons. Un nouveau départ, une terre mystérieuse cachant potentiellement des trésors, … Il y a finalement découvert un peuple autochtone malmené par les envahisseurs, et sympathisait avec eux avant qu’une tragédie n’éclate et le confine à la ville pouilleuse des blancs sur le rivage. Alors quand sa chance tourne une fois de plus, il saisit l’offre d’emploi d’un nouveau venu et le petit groupe s’enfonce dans la jungle à la recherche des premiers habitants.


Ce roman très inspiré de l’histoire sombre de l’Amérique du Sud n’épargne rien à ses protagonistes ni à son lectorat. A travers le regard désabusé d’Erik, que l’on suit un peu malgré nous parce qu’il est le narrateur de l’histoire, c’est toute la cruauté des humains qui s’étale devant nos yeux. Mieux vaut ne pas trop s’attacher, dans ce roman où personne n’est à l’abri, ni des autres, ni de ses propres démons.


Une lecture sombre servie par une plume extrêmement fouillée, pleine d’argot qui fait entendre les voix des personnages comme si on y était. A quelques moments j’ai trouvé qu’un peu de simplicité aurait encore plus servi la narration, mais le tout était diablement efficace et j’ai dévoré ce roman en moins de temps que sa taille ne suggérait.


AC : maltraitante d'enfant suggérée, massacre, colonisation, racisme / xénophobie, combats violents, meurtre, mort d'un enfant, deuil.


Une main blanche tient un exemplaire du livre devant un buisson sombre.


Les Délices de Tokyo (あん), Durian Sukegawa · 2013


Les Délices en question ici sont des dorayaki, des pancakes fourrés à la pâte anko, à base de haricots rouges, que Sentarô confectionne chaque jour dans sa petite boutique. Il agit machinalement, conscient que son travail est tout ce qu'il a, mais incapable d'y mettre beaucoup d'enthousiasme. Sa rencontre avec Tokue, une vieille dame aux doigts crochus, va le bouleverser d'une manière inattendue.


Ce roman est tout aussi doux-amer que L'Été de la Sorcière, que j'ai lu le mois dernier. Ici, la douceur est fournie autant par le sucre des pâtisseries que par les interactions entre les personnages : Sentarô, Tokue, mais aussi Wakana la collégienne solitaire. Quant à l'amer, il sublime la douceur tout en fournissant pas mal d'occasions de verser sa petite larme, de la même manière que le film m'avait beaucoup émue quand je l'avais vu à sa sortie. Les Délices de Tokyo est une parenthèse très humaine dans un quotidien chargé, un court roman qui apaise, tord le cœur et fait réfléchir tout à la fois.


AC : maltraitante médicale, internement, alcoolisme. Mentions de pensées suicidaires et de tentative de suicide.


Le livre est ouvert à la page de titre, avec un bouquet de végétaux séchés posés dessus.

Big Girl, Mecca Jamilah Sullivan · à paraître le 24 août 2023


Avertissement : ce livre et sa chronique parlent beaucoup de grossophobie.


Le poids de Malaya est apparemment le problème de tout le monde. Dans le Harlem des années 1990 où elle passe son adolescence, ce ne sont que remarques acerbes, regards dégoûtés et réunions Weight Watchers. Sa mère et sa grand-mère se relaient pour lui assurer que tout irait mieux si elle perdait du poids, mais Malaya aimerait juste qu’on la laisse profiter de son groupe d’amis au lycée, de la musique qui est partout dans les rues autour de chez elle, des couleurs qu’elle veut répandre de ses ongles aux murs de sa chambre.


Le roman de Mecca Jamilah Sullivan est celui d’un étouffement dont la protagoniste se libère peu à peu jusqu’à prendre une bouffée d’air libératoire. Oui, c’est le roman d’une victoire même si celle-ci se paie cher. On souffre aux côtés de la jeune Malaya que personne ne considère au-delà de son tour de taille. On sent aussi tout ce qui bouillonne en elle et ne demande qu’à sortir : sa créativité, sa joie de vivre, sa force. C’est un beau portrait d’une adolescente en plein chamboulement, dans le chamboulement d’un quartier entier qui se transforme irrémédiablement. Aux côtés de Malaya, c’est la communauté noire de Harlem que l’autrice dépeint ici dans tout son flamboiement et ses métamorphoses, depuis le lycée jusqu’aux petites épiceries de quartiers vouées à disparaître à mesure que la population change.


Ce livre est puissant, porté par un personnage tout en nuances mais courbé sous le poids des injonctions. Les interactions avec sa mère et sa grand-mère, qui sont obsédées par le poids de Malaya, sont d’une grande violence. Si vous souffrez ou avez souffert de troubles de l’alimentation, sachez que ce livre est très “triggering”. Il célèbre une victoire sur des comportements malsains, mais passe par des épisodes très sombres.


À travers la traduction, j’ai senti un vrai travail sur la langue par l’autrice, et je pense que ce roman s’apprécierait mieux dans sa langue originale, tout simplement car il y a des façons de parler qui sont tellement spécifiques à un lieu et une époque qu’elles sont perdues dans la traduction.


Rep : protagoniste noire, grosse et queer.


AC : grossophobie, body shaming, trouble de l'alimentation, mentions de violence domestique, mort d’un parent, deuil.


Une liseuse montrant la couverture du livre, en larges lettres jaunes sur fond bleu-gris, est posée sur le puzzle d’une illustration vintage avec des légumes.

 

Pour des avis plus fréquents sur mes lectures, je vous invite à aller faire un tour sur mon compte Instagram (il n’est pas obligatoire de s’inscrire) : https://www.instagram.com/mariebrunelm/.


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