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Bilan lecture - Février 2023

Je crois que j'ai inconsciemment appliqué la psychologie inversée sur mes lectures. Je m'étais dit, au début de l'année, que je lirais moins pour dégager du temps pour l'écriture, et pour réfléchir un peu plus à chaque livre. Déjà en janvier, cela n'avait pas très bien marché, mais en février c'est vraiment le pompon : j'ai lu onze livres. Bon, dans les faits, sept d'entre eux tiennent plus de la novella, donc le nombre aurait été certainement moins élevé si je m'en étais tenue à des formats plus denses. Mais le constat m'a fait sourir.


Les Mondes d'Ewilan, Tome 1 : La Forêt des Captifs, Pierre Bottero · 2004


La Forêt des Captifs ouvre la deuxième trilogie de Pierre Bottero consacrée aux aventures d'Ewilan... qui est absente du début de ce livre pour cause d'enlèvement par une mystérieuse institution. C'est donc Salim que l'on suit dans des premiers chapitres nerveux, où le danger est omniprésent et l'espoir bien mince.


Je ne peux pas dire que ce livre m'a fait passer du côté des fans de cet auteur, mais je lui reconnais un grand mérite : après l'immense succès de la première trilogie, La Quête d'Ewilan, Bottero prend ici une direction très différente. On retrouve les mêmes personnages, mais, sans spoiler, l'intrigue se passe essentiellement dans notre monde et l'ambiance y est très nettement plus sombre. L'écrivain ne répète pas la formule de ses premiers livres, et je trouve ça assez courageux.


Note : le court passage où un homme se dit "il faut quelqu'un pour s'occuper des enfants? Je vais appeler ma femme!" m'est resté en travers de la gorge.


CW : mention de torture d'enfants et de stress post-traumatique.


une main blanche tient ue liseuse montrant la couverture du livre devant un buisson d'ombelle.

Freshwater (Eau douce), Akwaeke Emezi · 2018


Eau douce, le premier roman d'Akwaeke Emezi, n'est pas franchement aussi doux et désaltérant que le titre le suggère. C'est un livre cru, violent et dérangeant sur l'identité - ou plutôt les identités. Je suis à peu près sûre que je n'ai pas tout compris, mais je crois aussi que ce n'est pas un livre qui se comprend. C'est une expérience, celle d'une façon d'être radicalement différente. Je ne vais même pas essayer d'écrire une chronique parce que je sens que ce n'est pas ma place. J'apprécie que ce livre existe, et qu'il ouvre les yeux sur un monde de possibilités.


Rep : personnage principal noir et trans avec de multiples identités, et de multiples facettes LGBTQIA+.


CW : accident de voiture, auto-mutilation, viol, dysphorie corporelle, maladie mentale, mentions de violence domestique et d'abus sur mineur.


le livre est posé sur un tapis beige et rose à motifs géométriques.

Amours croisées, Laura Nsafou et Camélia Blandeau · 2022


Derrière ce titre pluriel se cache une histoire toute en subtilité sur les relations humaines, l'identité et l'amour. L'amour des autres, mais aussi l'amour de soi, et en particulier des Noir.e.s. C'est principalement l'histoire de Yari et Hide, et de leur attachement qu'ils peinent à définir, mais comme le dit l'autrice en postface, c'est aussi l'histoire de tous les personnages apparemment secondaires qui gravitent autour d'eux et font finalement de cette histoire une tapisserie très moderne aux nombreuses couleurs. Couleurs métaphoriques, mais aussi bien réelles puisque les planches sont peintes dans une palette douce de toute beauté. J'ai en particulier aimé les scènes de nuit avec leurs reflets dorés et violets, mais la couverture en donne déjà un bon aperçu.


Rep : PP noire, PP asiatique et polyamoureux, cast de personnages racisés.


CW : racisme, homophobie.


une main blanche tient un exemplaire du livre au-dessus d'un parquet.

Creativity, a short and cheerful guide, John Cleese · 2020


Si, en tant que personne créative ou simplement qui pense beaucoup, vous avez besoin d'un petit discours d'encouragement qui reprend les bases, puis-je vous orienter vers ce livre? Il ne dit rien de révolutionnaire, mais il est effectivement court et guilleret, et il vous rappelera des vérités toutes simples comme la nécessité de laisser son esprit vagabonder, ou de prendre des pauses. En plus, des lémuriens très amicaux vous souhaitent la bienvenue à chaque chapitre.


le livre est posé sur un tricot couleur bordeaux.


The Dream Thieves, Maggie Stiefvater · 2013


Je vous préviens, je n'ai pas la moindre idée de comment décrire ce deuxième tome de la série The Raven Cycle. Maggie Steifvater a apparemment le chic pour écrire des romans ados palpitants, qui se lisent tout seuls mais sont un enfer à résumer. Ce n'est pas une question de complexité. Je pense qu'il s'agit plus d'une ligne floue entre les genres, chapitre après chapitre, qui fait tout le charme du livre. Le premier tome était concentré surtout sur Adam, alors que celui-ci suit plutôt Ronan. Chacun des garçons, et de Blue, ont leur propre arc narratif, mais l'un d'entre eux est plus sous le feux des projecteurs, et cette fois-ci c'est Ronan, dont on découvre qu'il a une capacité que personne ne soupçonnait mais qui rend les choses certainement plus compliquées et excitantes. J'ai passé un excellent moment avec ce roman, et je suis ravie d'avoir les deux derniers tomes qui m'attendent dans ma PàL!


Rep : personnage principal gay. Ce n'était qu'un vague indice dans le tome 1, mais ici c'est confirmé.


CW : usage de drogues, d'armes à feu, meurtre et violence.


une main blanche tient le livre devant une bibliothèque.

Les Mondes d'Ewilan, Tome 2 : L'Œil d'Otolep, Pierre Bottero · 2005


Et voilà Ewilan et Salim repartis pour une aventure un petit peu plus guillerette que lors du tome précédent des Mondes d'Ewilan. Sans divulgâcher trop l'histoire, on retrouve des visages familiers et le motif de la quête, mais les aventuriers ont quand même rapporté une partie de la noirceur du tome 1 dans ce volume.


Je me demande si une partie de la frustration que je ressens avec ces livres ne tient pas d'une part au fait que l'histoire me semble plus menée par le scénario que par les personnages (ce qui n'est absolument pas un problème, juste une question de goût), et d'autre part au fait que je ressens son potentiel sans parvenir à être emportée. Alors je continue à lire, en attendant de ressentir vraiment l'étincelle.


S'il y a bien deux choses que Pierre Bottero écrit à merveille, ce sont les relations entre les personnages et leurs dialogues. De ce côté, c'est un sans-faute.


PS : je reste fâchée avec le traitement de certains personnages féminins, qui sont empêtrés dans un *male gaze* assez gênant.


CW : grossophobie, sexisme, quelques combats violents.


une liseuse montrant la couverture du livre est posée sur une pile de livres anciens, eux-mêmes sur une table en bois, à côté d'un bouquet de fleurs séchées. Un tissu à motifs occupe l'arrière-plan.


La Fontaine des Âges, Nancy Kress · 2007


Que seriez-vous prêt(e) à sacrifier au nom d'un souvenir ?


Max Felder est immensément riche, mais comme le veut le proverbe, l'argent n'a pas acheté son bonheur. Il se cramponne au souvenir de son amour passionné pour Daria, il y a si longtemps. Mais, et si la femme qu'il croyait perdue était en fait bien vivante? Et si elle était inapprochable?


Je dois admettre que ce livre m'a perdue. Il est très bien exécuté, mais j'ai mis la moitié des cent pages à comprendre qu'il y avait non pas une mais deux temporalités et que c'était la raison de ma confusion. C'est vraiment juste ma faute. Si vous aimez les machinations politiques et rêvez de vivre à jamais, peut-être que ce livre sera pour vous.


Rep : personnage principal juif, personnages secondaires roms.


CW : maladie terminale.

le livre est posé sur une chaise cannée devant un rideau gris à motif.

Notre Part de Nuit, Mariana Enriquez · 2019


Voici un de ses livres que je ne suis pas sûre de pouvoir englober dans un avis. Il est immense en taille et en portée, et pourtant ne fait pas tant ressentir cette grandeur parce qu'on suit un petit nombre de personnages et tout tourne autour d'une histoire de famille. Mais il aborde aussi quantité de thèmes différents, en plus d'un contexte historique complexe (l'histoire de l'Argentine) dont je ne connaissais rien.


Le livre s'ouvre sur un père et son fils qui fuient une secte. Cela m'a immédiatement rappelé un de mes films préférés, Midnight Special de Jeff Nichols, et je me suis donc sentie en terrain relativement familier, ce qui a aidé. Bien sûr, ce sont des histoires bien différentes : dans le livre, plutôt que le fils, c'est le père qui semble avoir des capacités surnaturelles. Avec son fils, ils parcourent l'Argentine du début des années 1980, dont les monstres sont de nature politique autant que cauchemardesque.


Ce roman m'a été recommandé par un bibliothécaire qui a pensé que je serais moins décontenancée par les éléments fantastiques, sachant que je lis plus d'imaginaire que de littérature blanche. D'un côté, je suis d'accord : j'accepte facilement les choses inexpliquées, mais ici le surnaturel est proche du cauchemar et je suis donc sûre qu'un lectorat de blanche ou de littérature classique pourra le lire (en particulier les amateurices de romans gothiques). Cela étant dit, c'est un livre sinistre et macabre, qui met profondément mal à l'aise. A un moment, je me suis figurée l'autrice avec un bingo des avertissements de contenu, en train de cocher joyeusement tous ceux qu'elle arrivait à insérer dans son roman. Mais c'est en grande partie dû à l'aspect cauchemardesque de l'histoire, et donc je ne peux pas dire que cela m'a plu, mais cela ne m'a pas trop paru gratuit.


Si vous avez aimé ce roman, vous aimerez peut-être The Bone People de Keri Hulme pour la relation (toxique mais aimante) père-fils, l'importance de la communauté autochtone, et le mélange de malaise et de noirceur qui plane.


Rep : personnage principal bisexuel.


CW : tous, comme je l'ai dit. Horreur corporelle, maltraitance d'enfants, torture, mutilation, maladie terminale, mort d'un parent, meurtre, homophobie, épidémie du sida, pensées suicidaires, tentative de suicide, mention d'un viol.


le livre est ouvert à la page de titre, avec l'ombre projetée d'un bouquet de fleur par-dessus le lettrage.


Kiffe ta race, Rokhaya Diallo & Grace Ly · 2021


Ce livre devrait être fourni dans un "kit de citoyenneté" offert à tout le monde. Il aborde la question du racisme en France de manière frontale, référencée et limpide, tout en s'adressant à la fois aux Blanc.he.s et aux non-Blanc.he.s. On est trop souvent confronté à ce thème via les pays anglophones, sans trop se préoccuper de la situation à nos portes, et donc je trouve cet essai remarquablement important. Les autrices posent les questions les plus courantes et y répondent avec pédagogie, tout en développant les origines et les assises du racisme en France aujourd'hui ainsi que l'intersectionnalité, sa définition et ses applications. Un livre nécessaire.


une main blanche tient un exemplaire du livre au-dessus d'un patchwork de couvertures de romans écrits par des auteurices noir.e.s et / ou autochtones venus de pays anglophones.


Les Mondes d'Ewilan, Tome 3 : Les Tentacules du Mal, Pierre Bottero · 2005


Et c'en est fini de la trilogie Les Mondes d'Ewilan! Je ne suis vraiment pas convaincue de ce dénouement qui est retiré des mains des personnages par un deus ex machina... Voire même deux. On est dans le toujours plus, avec des méchants toujours plus méchants et des créatures menaçantes toujours plus menaçantes, mais l'histoire va si vite qu'à part Ewilan et un peu Salim on ne sait pas ce que ressentent les autres personnages et je les ai surtout lus comme des coquilles vides. Mais je crois aussi que, d'une, c'est ok de ne pas aimer un livre dont on n'est pas le lectorat cible, et de deux, de temps en temps c'est bien de lire un livre bof, pour lequel on a des attentes pour le moins limitées. Ça permet d'équilibrer, en quelque sorte, en plus d'écluser sa PàL.


une liseuse montrant la couverture du livre est posée sur un tapis à motifs géométriques beige et rose.

Herland, Charlotte Perkins Gilman · 1915


Ce livre m'a été recommandé (et prêté) par des amies, mais si ça n'avait pas été le cas, je ne pense pas que je l'aurais lu, sachant combien l'autrice est raciste. Et c'est pour cette raison que j'ai des problèmes avec les commentaires enthousiastes qui encensent ce livre comme une grande utopie féministe. C'est une utopie pour les femmes blanches, cisgenres et hétérosexuelles, d'accord. Mais pour moi le féminisme ne peut exister que s'il est inclusif, et Charlotte Perkins Gilman ne l'est pas du tout. Herland est le genre de livre où les populations autochtones sont qualifiées de sauvages, et où des femmes qui ont vécu en isolation totale pendant 2000 ans n'ont pas le moindre idée de ce qu'est la sexualité. Ouais, bien sûr.


Le point de départ du livre est un groupe de trois explorateurs qui découvrent cette région coupée du reste du monde, habitée uniquement de femmes. Et cette exploration d'une société féminine est très intéressante (spoiler : leurs vêtements ont des multitudes de poches). Mais c'est vraiment impossible de passer outre le racisme et l'homophobie débridés de l'autrice, ce qui m'empêche de la qualifier de féministe.


CW : sexisme (remis en question), racisme et homophobie (de la part de l'autrice).


une main blanche tient un exemplaire du livre devant un buisson à feuilles sombres et ombelles blanches

 

Pour des avis plus fréquents sur mes lectures, je vous invite à aller faire un tour sur mon compte Instagram (il n’est pas obligatoire de s’inscrire) : https://www.instagram.com/mariebreta/.


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