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Bilan lecture - Novembre 2023

Entre les deux défis lecture qui m'occupaient, le #PumpkinAutumnChallenge et mon propre #LisonsCettePaL, j'ai fait chauffer la Pile à Lire en novembre. Et cela tombe bien, puisque cela a abouti à un bilan assez exceptionnel. C'est simple, j'ai adoré toutes mes lectures du mois, et deux d'entre elles apparaîtront probablement parmi mes favorites de l'année. Je pense que novembre est mon meilleur mois de lecture de 2023!


The Witch and the City, Jake Burnett · 2023


Livre reçu via NetGalley.


Il semble qu’un grand pourcentage de mes lectures cette année soit constitué de livres déconcertants. Serait-ce un thème? Quel est le dernier livre déconcertant que vous avez lu?


Celui-ci suit Oneirotheria, une sorcière à la recherche de ses souvenirs. Elle parcourt les rues d’Osylum, guidée par sa connaissance du vocabulaire et des étymologies, dans ce roman très shakespearien et un peu dantesque, qui n’est jamais ce qu’il semble être. L’auteur nourrit un amour pour les mots qui trouve à s’exprimer dans une langue très ludique, de nombreux synonymes et des indices éparpillés dans les noms et les dialogues. Ce livre m’a attirée par le lien que la maison d’édition tisse avec Piranesi, de Susanna Clarke, un de mes livres préférés de l’année, et les parallèles sont en effet aisés à tracer : un personnage innocent, dont la vision du monde est limitée par ses connaissances limitées, et un lieu à la fois tentaculaire et limité par des frontières infranchissables.


J’ai tout de suite été charmée par la prose, qui m’a soutenue pendant les chapitres où je me sentais perdue, mais pas dans le mauvais sens du terme. Ne cherchez pas des réponses claires et définies ici. Une révélation finale éclaire en partie quelques aspects du monde, mais la plupart reste un mystère. Je suis convaincue que ce livre est à relire, et sera lu différemment en fonction de votre connaissance des classiques, et notamment de Shakespeare. Je n’en ai qu’une connaissance limitée, mais j’ai néanmoins apprécié ce livre. Je serais cependant curieuse de savoir comment un.e lecteurice plus au fait pourra l’interpréter et anticiper certaines découvertes.


Voici un roman rempli d’ombres mouvantes, parfait pour les temps d’automne et d’hiver.


Une liseuse montrant la couverture du livre est posée sur un tapis beige à motifs rouges et bleus.

The Dictionary of Obscure Sorrows, John Koenig · 2021


Sonder (nom). Chrysalism (nom). Anemoia (nom). Ces mots sonnent comme s’ils sortaient du dictionnaire, non? Eh bien, c’est le cas, mais pas de n’importe quel dictionnaire : celui de John Koenig. Pendant des années, d’abord sur sa page Tumblr et sa chaîne YouTube puis dans ce livre, l’auteur a créé des mots pour définir des émotions et des sensations qui n’en avaient pas.


J’ai découvert le travail de Koenig il y a deeeeees années, et j’ai attendu deeeees années pour une version publiée. Quelle n’a pas été ma joie quand c’est arrivé! Ce livre est un bijou. Certes, je l’ai lu rapidement. Mais c’est le genre de petit volume qu’il est bon de laisser près de son lit pour le feuilleter de temps en temps. Il rassemble beaucoup de poésie et de réflexion. La seule chose que j’aurais à redire, c’est que les mots de racines non-européennes sont souvent laissés tels quels mais leur sens est modifié, alors que les mots d’origine européenne ont été retravaillés à partir de leurs racines. Cela me semble être une opportunité manquée, parce que pour les locuteurs de langues non européennes, les mots sont déjà connus, ce ne sont pas des inventions comme pour les autres. Mais c’est un détail. Dans l’ensemble, ce dictionnaire est un magnifique livre pour les bibliophiles de tous poils, et il ferait un superbe cadeau de fin d’année.


Le livre est posé sur une couverture sombre et encadré par des pieds dans des chaussettes d’inspiration William Morris.

Éparpillés sur la mer, Mina Jacobson · 2023


Sur une Terre recouverte par la montée des eaux, des communautés subsistent grâce à l’harmonie profonde entre leurs membres. Les humains ne naissent plus seuls mais par deux, trois, voire plus, des individus liés entre eux par une puce qui floutent les frontières entre leurs perceptions. Mais peut-on vraiment parler d’individus quand toute pensée naît dans la conscience commune?


Cette nouvelle fait partie de l’opération Chronopages des Editions 1115, grâce à laquelle on reçoit chaque mois une histoire dans notre boîte aux lettres. Après la fantasy steampunk d’Adrien Tomas dans L'énergie du désespoir, c’est ici un univers à la Waterworld qu’on découvre (vive les références des années 90). J’ai adoré ce court récit intense, qui s’intéresse bien plus à ce qui fait de nous des humains qu’à l’univers. C’est de la SF comme je les aime, qui interroge l’humanité dans ce qu’elle a de plus fondamental. Je n’en dirai pas plus pour ne rien révéler de l’histoire, mais je recommande chaudement cette lecture.


Le livret est posé sur un tissu pourpre au milieu de feuilles mortes et de pommes de pin.

Les Dernières Déesses, Kateřina Tučková · 2012 (2023)


Sur le flanc des Carpates blanches, niché en lisière de forêt, vivaient les dernières déesses, dont Surmena, la tante de Dora. Dora est une chercheuse, un esprit scientifique déterminé à faire la lumière sur celles que l'on pourrait qualifier de sorcières pour leur savoir et leurs pouvoirs. Elles qui n'ont échappé qu'en partie aux assauts répétés des hommes de pouvoir, depuis les inquisiteurs jusqu'aux nazis, ont vu leurs rangs diminuer au fil des âges et ne sont plus qu'une poignée à la fin du 20e siècle quand Dora entreprend ses recherches qui vont la guider de secret en secret, dans les archives parfois gardées sous clé, jusqu'à enfin, peut-être, pouvoir dire la vérité sur ces femmes. Mais quelle vérité ?


Ce roman de pure dark academia nous fait voyager en République Tchèque et dans les pays annexes sur les traces de personnalités hautes en couleur. Difficile de retracer la frontière entre réalité et fiction tant l'autrice a mené un travail impressionnant de recherche et de rassemblement de sources historiques. Le récit est constamment entrecoupé des documents que met au jour Dora, si bien que l'on suit ses découvertes au rythme de la protagoniste. Rien ne nous est épargné, depuis les violences sexuelles et sexistes jusqu'aux heures sombres du nazisme et aux querelles de voisinage sordides. C'est un roman impressionnant, foisonnant, fermement ancré dans les terres qu'il décrit, et implacable.


Rep : protagoniste lesbienne.


AC : misogynie, torture, violences sexistes et sexuelles de toutes sortes.


Le livre est ouvert, posé sur un tissu à motifs fleuris graphiques dans des tons sombres.


La Cité diaphane, Anouck Faure · 2023


Sept ans après son départ, l’archiviste de Roche-étoile est de retour dans la Cité ravagée par un mal inconnu. Ses places, ses tours élancées et ses couloirs sont désormais vides d’une population jadis prospère. L’archiviste, en quête des origines de la catastrophe, plonge dans la mémoire de la ville, et découvre qu’une part de la vérité se dissimule peut-être dans sa propre mémoire.


Ce roman sombre et élégant annonce la couleur dès les premières pages : ce sera un récit lent, atmosphérique et profondément gothique. Autant vous dire : ma tasse de thé. Si les quelques scènes d’horreur corporelle m’ont répugnée, comme elles le devaient, j’ai été charmée par le reste de ce livre à la prose soignée et aux personnages torturés.


Les histoires de mémoire sont également mes favorites, sûrement à cause de ma propre mémoire défectueuse. J’ai été comblée ici. Sans dévoiler l’intrigue, la mémoire du lieu se mêle à la mémoire des personnages pour un résultat du plus bel effet. Ajoutez à cela un personnage non genré et je suis conquise. J’ouvrais parfois l'œil au fil de la lecture à la recherche de marqueurs de genre, sachant combien le français est compliqué avec ça, et n’en ai pas trouvé : ce genre de procédé discret mais qui parcourt le texte est un régal.


Enfin, mais non des moindres, c’est l’autrice elle-même qui a illustré son roman avec des planches à la Gustave Doré où la noirceur du récit gagne l’image pour mieux en révéler les éclats de lumière.


Rep : personnage principal genderfluid.


AC : violence, horreur corporelle.


Le livre est posé sur une chaise en bois à côté d’un brin de rose séché, devant un rideau gris à motifs.

Cimqa, Auriane Velten · 2023


C’est l’histoire de Sarah et Sara. Quand on les découvre, Sarah est une petite fille qui découvre un jour, comme le monde entier, que les trois dimensions ne sont plus tout à fait ce qu’elles étaient. Sara, elle, est une femme d’une cinquantaine d’années, établie dans un monde où ce bouleversement fait désormais partie du quotidien. Avec Sarah, on découvre l’émerveillement, le secret et le chaos des premiers temps de ce nouvel ordre. Quand tout semble encore possible et que l’imagination est à portée de main. Sara, quant à elle, porte un regard plus désabusé sur ce phénomène qui a été digéré et recraché par des entreprises de divertissement dont elle n’est qu’un rouage.


Ce superbe roman représente exactement la SF que j’aime lire. Ici, il n’est pas tant question des enjeux géopolitiques et épiques du phénomène qui rebat les cartes de la perception, que de la manière dont ce dernier s’incarne dans les individus et affecte leur rapport au monde et aux autres. Les deux perspectives des narratrices sont parfaitement complémentaires et donnent une voix notamment à celles qui sont souvent délaissées, à savoir les femmes qui ne sont plus jeunes, fraîches et pimpantes. J’ai une vraie tendresse pour les femmes plus âgées dans la fiction de genre, et je trouve que Sara et sa compagne Eva en sont un merveilleux exemple sous la plume d’Auriane Velten, qui retranscrit parfaitement la manière dont chaque protagoniste s’exprime. Sarah, la petite fille, parle comme une enfant de son âge, et regarde le monde avec innocence et créativité. Sara a une voix plus posée, plus fatiguée, mais aussi pleine d’une frustration qui ne demande qu’à exploser.


Les relations que chacune développe avec ses proches sonnent incroyablement vrai. On a affaire à des humaines qui ne sont pas parfaites, et qui font des erreurs et admettent leurs fautes (volontairement ou non). Certes, les circonstances de leur environnement ont basculé dans l’imaginaire, mais l’autrice explore comment des humaines comme vous et moi réagissent, et non comment elles deviennent des héroïnes appelées à de hauts faits. Un coup de cœur.


Le livre est posé sur une table en bois, à côté d’une branche d’eucalyptus. Un tissu à motifs aux tons chauds occupe l’arrière-plan.

Qisiose, Emmanuel Quentin · 2023


Troisième opus de l’opération Chronopages, Qisiose nous fait découvrir le protagoniste homonyme, employé sur une station d’aiguillage qui rêve de changer d’horizon, motivé par un désir d’ailleurs pas vraiment défini.


Cette nouvelle, comme les autres de chez les éditions 1115, est trop courte pour en dire beaucoup plus, mais elle explore une fois de plus ce qui fait de nous des humains, dans le contexte d’un voyage qui emmène le personnage principal vers des cieux inattendus. Si le début évoque un peu le syndrome Murakami du protagoniste qui s’ennuie, celui-ci prend vite les choses en main et se lance à l’aventure, bien que lui-même ne sache pas ce qu’il cherche exactement. J’ai beaucoup aimé la chute, et je regrette un peu de ne pas avoir saisi les indices qui m’auraient peut-être mis sur la voie et auraient éclairé ma lecture d’une lumière plus changeante. Cela dit, je peux toujours relire ce texte qui est très court.


Le livret émerge de la poche d’une robe à motifs de fleurs en nuances de gris sur fond noir.

Nous serons l'incendie, Jeanne Mariem Corrèze · à publier


Livre envoyé par l'auteurice pour bêta-lecture.


Quatre ans se sont écoulés depuis la fin du Chant des Cavalières, précédent opus de Jeanne Mariem Corrèze. Sarda a été envahie et la guerre s'est installée. Des poches de résistance unifient Cavalières et gens du commun en une quête désespérée pour l'abolition du pouvoir autoritaire. Des personnages que l'on avait quitté dans l'opus précédent sont de retour pour nous conter la suite de leurs aventures, mais on rencontre également de nouveaux noms qui ont tant à nous narrer de leur passé mystérieux, leur présent marqué par cette guerre inégale, et de leur futur qu'il leur reste à écrire.


Merci infiniment à Jeanne Mariem pour avoir partagé ce roman en bêta-lecture avec moi. Quel honneur et quel plaisir ! Le Chant des Cavalières est un roman que j'affectionne et que je ne cesse de recommander autour de moi. Bonne nouvelle, je vais pouvoir faire de même avec Nous serons l'incendie. C'est une épopée auprès des petites gens, de celles qui n'oublient pas qu'une guerre se passe certes à combattre, mais aussi à prendre soin les unes de autres et à se rassembler autour de gestes simples comme la confection d'un repas ou le travail de la terre. Le tout porté par une langue foisonnante et lyrique, qui ne cesse de me charmer et qui se prêterait merveilleusement, j'en suis sûre, à des lectures à voix haute. Préparez-vous pour ce roman de fantasy aux influences entre mythe arthurien et sud-est asiatique. J'ai grand hâte que vous l'ayez entre les mains. Espérons une publication rapide!


PS : le livre n’ayant pas été publié, vous avez là une tentative maison de créer une couverture. Soyez indulgent.e, je ne suis pas pro !


une liseuse montrant la couverture faite maison du livre est posée sur une couverture sombre, entourée de rameaux de pin.

A Lesson in Vengeance, Victoria Lee · 2022


Felicity Morrow est de retour à Dalloway un an après l’accident tragique qui a causé la mort de sa meilleure amie. Une nouvelle année s’annonce dans cette école d’élite, et de nouvelles étudiantes prennent leur quartier avec Felicity dans le très demandé manoir Godwin, parmi des planchers grinçants et des étagères ployant sous le poids des livres. Parmi elles se trouve Ellis Haley, jeune autrice prodige qui attire les admiratrices comme le nectar attire les abeilles. Ellis travaille à son prochain roman, consacré aux sorcières de Dalloway, un groupe de cinq étudiantes qui avaient trouvé la mort deux siècles plus tôt à Dalloway, et que Felicity étudiait quand la tragédie a frappé. Alors que l’une tente de repousser cela dans le passé et l’autre est déterminée à déterrer la vérité, les fantômes ne sont jamais loin.


Ce livre coche toutes les cases de la dark academia. Méticuleusement. Autant j’adorais les références mentionnées, et j’étais contente de les reconnaître, autant cela m’a paru un peu trop voyant. Comme si l’auteurice me les présentait une par une en disant “Tu vois? On est sur la même longueur d’onde !” Cela étant dit, ce livre était facile à aimer. Depuis la narratrice à laquelle on ne pouvait se fier, jusqu’au mystère et à l’ambiance. J’ai adoré comment le début et la fin se déployaient, en jetant la lumière sur la psychologie torturée des personnages. Mon aspect préféré était peut-être le flou de la ligne entre réalité et surnaturel. Pourtant, j’en suis sortie un peu frustrée. Je pense que j’aurais aimé voir les thèmes être développés un peu plus. Mais c’est vraiment pour chercher la petite bête dans ce roman très bien exécuté. Et je peux aussi blâmer les attentes stratosphériques que j’avais.


Rep : héroïne lesbienne.


AC : alcool, mort, meurtre, mort d’animal.


Le livre est posé sur une couverture sombre, entouré de livres à l’air ancien, de feuilles mortes et de pommes de pin.


La Femme Falaise, Hélène Néra · 2023


1920. Alice Green a fui Londres et s’est installée à Paris pour échapper au scandale de sa relation avec une femme. Deux ans plus tard, elle se remet tout juste de la douleur causée par leur séparation, et peine à trouver sa place dans le Paris mondain. Alors, quand elle rencontre la Princesse de Malanset, elle voit dans cette femme accomplie tout ce qui lui échappe : l’élégance, la confiance et une aura de séduction à laquelle Alice n’est pas tout à fait insensible.


Ce roman historique fouillé est une superbe étude de personnage dans l’écrin d’une époque reconstituée avec soin. L’autrice, qui a longuement étudié son sujet, notamment sur son blog “Les Faunesses”, ne se contente pas d’un exposé sur les relations sapphiques à l’époque. Elle a poussé l’introspection de son héroïne jusqu’à ce que la moindre de ses émotions devienne familière. Alice est un personnage profondément attachant, avec une véritable évolution au fil du récit qui rend le tout franchement palpitant. J’ai eu du mal à lâcher ce livre tant je souhaitais savoir si Alice allait surmonter son chagrin et retrouver un peu de sérénité et, qui sait, de bonheur. Mais ce qui m’a le plus séduite, c’est la prose d’Hélène Néra, d’une élégance folle, qui se renouvelle constamment dans une fluidité épatante. J’avais déjà beaucoup aimé Kerhoded, son roman de fantasy publié chez Projets Sillex, et je découvre avec La Femme Falaise la facilité avec laquelle l’autrice passe d’un genre à l’autre tout en gardant son style envoûtant. Je vous recommande vivement de découvrir ce récit publié en auto-édition, que j’ai acheté pour l’offrir mais dont j’envisage fermement de me procurer un exemplaire à prêter autour de moi.


Rep : femmes lesbiennes.


Le livre est posé sur une chaise cannée, avec une moquette brune et un tapis blanc rayé à l’arrière-plan. Un brin de fleurs blanches séchées est posé sur la couverture.

 

Pour des avis plus fréquents sur mes lectures, je vous invite à aller faire un tour sur mon compte Instagram (il n’est pas obligatoire de s’inscrire) : https://www.instagram.com/mariebrunelm/.


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